Numérique et droit des sociétés : assemblées générales virtuelles, signatures électroniques, conformité RGPD

70 % des dirigeants de PME utilisent aujourd’hui la signature électronique pour leurs actes courants, pourtant, selon le Baromètre France Num 2023, plus d’un tiers d’entre eux ignorent si leur procédé est juridiquement valide. En effet, le numérique a profondément transformé la vie des affaires : assemblées générales en visioconférence, contrats dématérialisés, archivage en ligne, échanges sécurisés avec les associés. Autant d’avancées qui facilitent la gestion quotidienne, mais qui soulèvent des questions juridiques essentielles que les dirigeants ne peuvent plus ignorer.

Ainsi, la question n’est pas de savoir si le numérique est utile, il l’est, incontestablement. La question est de savoir si vos pratiques numériques actuelles sont juridiquement solides. Car, en droit des sociétés, une signature mal paramétrée, une assemblée virtuelle mal organisée ou un archivage non conforme peuvent entraîner la nullité d’un acte ou exposer votre entreprise à des sanctions sérieuses.

Dans ce guide, Maître Karim Hellal, avocat au Barreau de Lille spécialisé en droit des affaires, vous explique concrètement les trois enjeux numériques majeurs pour les sociétés, et comment les maîtriser en toute sécurité juridique.

Numérique et droit des sociétés : assemblées générales virtuelles, signatures électroniques, conformité RGPDles. Les trois enjeux numériques majeurs pour les sociétés, et comment les maîtriser en toute sécurité juridique: Karim Hellal - Lille-avocat.fr
Numérique et droit des sociétés
Le numérique et le droit des sociétés désignent l’ensemble des règles juridiques encadrant l’utilisation des outils digitaux dans la vie sociale des entreprises : validité des signatures électroniques, tenue d’assemblées générales à distance, dématérialisation des documents sociaux et obligations de cybersécurité. Ces règles sont issues notamment de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, du Code de commerce et du RGPD.

Beaucoup de dirigeants se demandent si un contrat signé électroniquement a la même force juridique qu’un acte papier. La réponse est oui, à condition que certaines exigences soient respectées. En effet, depuis l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, portant réforme du droit des contrats, la signature électronique bénéficie d’une présomption de fiabilité, dès lors qu’elle repose sur un procédé d’identification fiable et qu’elle est liée aux données signées de manière indissociable.

Par ailleurs, le règlement européen eIDAS (n° 910/2014) distingue trois niveaux de signatures électroniques : simple, avancée et qualifiée. Il convient de noter que seule la signature qualifiée offre la même valeur juridique qu’une signature manuscrite dans tous les contextes. Pour la grande majorité des actes courants d’une société (contrats commerciaux, bons de commande, accords de partenariat) la signature avancée est généralement suffisante. En revanche, pour certains actes solennels, comme une cession de parts sociales ou une modification statutaire, il est important de vérifier les exigences spécifiques.

Assemblée générale en visioconférence : quelles conditions ?

Comment savoir si votre assemblée générale virtuelle est valide ? Depuis la loi PACTE de 2019, le Code de commerce admet explicitement la tenue d’assemblées générales par visioconférence ou par tout moyen de télécommunication permettant l’identification des participants. Toutefois, deux conditions doivent être réunies. D’abord, les statuts ne doivent pas exclure cette possibilité. Ensuite, le système utilisé doit permettre la retransmission continue et simultanée des délibérations, ainsi que l’identification et la participation effective de chaque associé.

De plus, il faut souligner que certaines décisions restent soumises à des règles spécifiques selon la forme sociale. Par exemple, dans une SARL, l’approbation des comptes annuels peut être soumise à des formalités particulières si les statuts le prévoient. C’est pourquoi il est recommandé de vérifier systématiquement vos statuts avant d’organiser une réunion 100 % virtuelle.

La dématérialisation des documents sociaux, procès-verbaux d’assemblée, registres, comptes annuels, représente un gain de temps et d’espace considérable pour les sociétés. Cependant, elle ne s’improvise pas. En effet, les documents sociaux sont soumis à des durées de conservation légales précises, allant de trois ans pour certains registres à dix ans pour les comptes annuels, voire sans limitation pour les statuts originaux.

À cet égard, la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique a renforcé les exigences applicables à l’archivage électronique.

Ainsi, pour qu’un document numérique ait une valeur probante, son support doit garantir deux propriétés essentielles :

  • l’intégrité, c’est-à-dire l’impossibilité de modifier le document a posteriori.
  • la lisibilité dans le temps, quels que soient les évolutions technologiques futures.

Comment choisir une solution d’archivage conforme ?

Quelle est la meilleure façon de dématérialiser ses documents sociaux en toute sécurité ?

En pratique, il convient d’opter pour une solution d’archivage électronique à valeur probante (AEVP), qui intègre trois fonctionnalités indispensables :

  • un horodatage certifié.
  • une traçabilité complète des accès et modifications.
  • un format de fichier pérenne (PDF/A de préférence).

Par exemple, des solutions comme DocuSign Vault, Yousign ou des prestataires certifiés NF Z 42-026 répondent à ces critères.

Par conséquent, avant de migrer vos archives vers un système numérique, il est recommandé de vérifier la certification du prestataire et de rédiger une politique d’archivage interne documentée. D’ailleurs, en cas de contrôle ou de litige, cette documentation constituera une preuve de votre diligence.

Numérique et droit des sociétés : assemblées générales virtuelles, signatures électroniques, conformité RGPD. Opter pour une solution d'archivage électronique à valeur probante (AEVP), qui intègre trois fonctionnalités indispensables : un horodatage certifié. Karim Hellal : Lille-Avocat.fr

Tableau comparatif : acte papier vs acte numérique conforme

CritèresActe papier traditionnelActe numérique conforme
Force probantePrésomption légale forteÉquivalente si procédé fiable (ord. 2016-131)
SignatureManuscrite, originaleÉlectronique qualifiée (eIDAS), fiable  
ConservationPhysique, risques dégradationArchivage électronique à valeur probante
Assemblée généralePrésence physique requiseVisioconférence admise (Code de commerce)
Risque de contestationFaible si formalités respectéesFaible si paramétrage correct et traçable
Coût et délaiÉlevé (impression, envoi, stockage)Réduit, mais investissement initial requis

Ce tableau illustre clairement que, dans la mesure où les exigences techniques sont respectées, l’acte numérique n’est pas juridiquement inférieur à l’acte papier. Pourtant, c’est la conformité du paramétrage, et non le support en lui-même, qui détermine la valeur probante de l’acte.

Vos pratiques numériques sont-elles juridiquement sécurisées ?
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La cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux grandes entreprises. En effet, depuis l’entrée en vigueur du RGPD le 25 mai 2018, toute société qui traite des données personnelles, clients, salariés, prospects, associés, est soumise à une obligation de sécurité active, prévue à l’article 32 du règlement. Or, dans les faits, une grande majorité des PME ne dispose ni d’une politique de sécurité formalisée, ni de procédures de gestion des incidents.

Par exemple, un simple email contenant un bilan annuel non chiffré, envoyé à l’ensemble des associés via une messagerie non sécurisée, peut constituer une violation de données au sens du RGPD. Dans ce contexte, la CNIL dispose du pouvoir de prononcer une amende pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires mondial annuel, soit, pour une PME réalisant 2 millions d’euros de CA, jusqu’à 80 000 euros de sanction.

Numérique et droit des sociétés : assemblées générales virtuelles, signatures électroniques, conformité RGPD. Toute société qui traite des données personnelles, clients, salariés, prospects, associés, est soumise à une obligation de sécurité active, prévue à l'article 32 du RGPD. Karim Hellal : Lille-avocat.fr

Les cinq obligations numériques minimales pour les sociétés

Quelles sont les obligations concrètes en matière de cybersécurité pour une société ? En synthèse, cinq actions constituent le socle minimal de conformité :

  • Cartographier les traitements de données personnelles et établir le registre prévu à l’article 30 du RGPD.
  • Sécuriser les communications internes : chiffrement des emails, authentification à deux facteurs, gestion des droits d’accès.
  • Mettre en place une procédure de notification à la CNIL en cas de violation de données, dans le délai légal de 72 heures.
  • Former les collaborateurs aux bonnes pratiques numériques, car la majorité des incidents résulte d’erreurs humaines.
  • Encadrer les relations avec les sous-traitants numériques (hébergeur, CRM, comptabilité en ligne) par des contrats de traitement conformes à l’article 28 du RGPD.

En outre, il convient de rappeler que la responsabilité personnelle du dirigeant peut être engagée en cas de négligence grave. Par conséquent, un audit préventif des pratiques numériques est, dans ce domaine, bien moins coûteux qu’une procédure CNIL.

Beaucoup de sociétés fonctionnent encore avec des statuts rédigés avant 2016, qui ne prévoient pas les modalités de délibération à distance ni les procédures numériques. Pourtant, un statut silencieux sur ces questions n’est pas neutre : il peut être interprété comme une exclusion implicite de ces pratiques, et ainsi fragiliser la validité de vos assemblées virtuelles.

Numérique et droit des sociétés : assemblées générales virtuelles, signatures électroniques, conformité RGPD. Des statuts rédigés avant 2016 ne prévoyant pas des procédures numériques peuvent être interprétés comme une exclusion de ces pratiques et fragiliser la validité des assemblées virtuelles. Karim Hellal : Lille-avocat.fr

C’est pourquoi une mise à jour statutaire régulière est indispensable. En effet, les statuts constituent le contrat fondamental de la société, il est donc important qu’ils reflètent fidèlement les pratiques réelles. Par ailleurs, cette mise à jour est l’occasion de clarifier les règles de gouvernance numérique : qui peut signer électroniquement au nom de la société, dans quelles conditions une assemblée peut être tenue à distance, et comment les documents sociaux sont archivés.

Quand faut-il faire auditer ses statuts et procédures numériques ?

Plusieurs situations imposent un audit juridique sans délai :

  • Si votre société a plus de cinq ans et que ses statuts n’ont pas été révisés depuis la loi PACTE (2019) ou la réforme du droit des contrats (2016).
  • Si vous avez récemment adopté de nouveaux outils numériques (signature électronique, GED, visioconférence) sans vérifier leur compatibilité avec vos statuts.
  • Si vous envisagez une modification importante de la structure (entrée d’associés, levée de fonds, cession) qui impliquera de nombreux actes numériques dont la validité doit être irréprochable.

Dans tous ces cas, un diagnostic juridique préventif vous permettra d’éviter les mauvaises surprises. Autrement dit, mieux vaut sécuriser vos pratiques avant qu’un litige ne révèle leur fragilité.

Qu’est-ce que la signature électronique qualifiée et en quoi diffère-t-elle d’une simple signature numérisée ?

La signature électronique qualifiée est le niveau le plus sécurisé prévu par le règlement européen eIDAS. En effet, elle repose sur un certificat délivré par un prestataire de confiance agréé et offre la même valeur juridique qu’une signature manuscrite dans tous les contextes. En revanche, une simple image de signature numérisée, par exemple une photo de votre paraphe insérée dans un PDF, n’a aucune valeur probante et peut être facilement contestée en cas de litige. Par conséquent, il est important de choisir le niveau de signature adapté à l’importance de l’acte.

Une assemblée générale tenue uniquement en visioconférence est-elle valide ?

Oui, à condition que vos statuts ne l’excluent pas et que le système utilisé permette l’identification des participants et la retransmission continue des débats. Toutefois, certaines décisions peuvent être soumises à des règles spécifiques selon la forme juridique de votre société. Par exemple, dans certaines SARL, l’approbation des comptes annuels peut nécessiter une présence physique si les statuts le prévoient. Il est donc indispensable de vérifier vos statuts avant d’organiser une réunion 100 % virtuelle.

Combien de temps faut-il conserver les documents sociaux dématérialisés ?

Les durées de conservation varient selon la nature des documents. Ainsi, les comptes annuels et les procès-verbaux d’assemblée générale doivent être conservés pendant dix ans. Les registres légaux obligatoires le sont pendant la durée de vie de la société, voire au-delà. En revanche, les statuts originaux sont conservés sans limite de durée. Dans tous les cas, le support numérique doit garantir l’intégrité et la lisibilité des documents dans le temps, ce qui impose le recours à une solution d’archivage à valeur probante.

Quelle est l’erreur la plus fréquente des dirigeants en matière de numérique et de droit des sociétés ?

L’erreur la plus fréquente est de considérer qu’un outil numérique est valide juridiquement dès lors qu’il fonctionne techniquement. Or, la validité juridique d’un acte numérique dépend non seulement du bon fonctionnement de l’outil, mais aussi de sa conformité aux exigences légales : procédé d’identification fiable, traçabilité, intégrité. En outre, de nombreux dirigeants utilisent des outils non conformes faute d’avoir fait auditer leurs pratiques. Par conséquent, un diagnostic juridique préventif est toujours préférable à la découverte d’une irrégularité lors d’un litige.

Comment sécuriser juridiquement la gestion numérique de sa société en pratique ?

Concrètement, trois actions constituent le socle de la sécurisation juridique numérique. Premièrement, faire auditer ses statuts pour vérifier leur compatibilité avec les pratiques numériques actuelles. Deuxièmement, choisir des outils conformes aux standards légaux : signature qualifiée ou avancée, archivage à valeur probante, messagerie chiffrée. Troisièmement, se conformer au RGPD en établissant un registre des traitements et en formalisant les relations avec les sous-traitants numériques. En définitive, l’accompagnement d’un avocat spécialisé en droit des affaires permet d’aborder ces enjeux de façon structurée et préventive.

En définitive, le numérique offre aux dirigeants de société des gains d’efficacité considérables. Toutefois, ces gains ne se concrétisent que si les pratiques numériques reposent sur des fondements juridiques solides. En effet, une signature électronique mal paramétrée, une assemblée virtuelle non conforme aux statuts ou un archivage sans valeur probante peuvent transformer un outil pratique en source de contentieux.

Ainsi, la question n’est pas de résister à la transformation numérique, mais de l’aborder avec méthode. C’est pourquoi, trois réflexes doivent s’imposer à tout dirigeant :

  • vérifier la conformité de ses outils numériques,
  • mettre à jour ses statuts
  • respecter les obligations RGPD.

Ces actions, menées avec l’accompagnement d’un avocat spécialisé, transforment le numérique en véritable avantage compétitif, et non en risque juridique latent.

Maître Karim Hellal, avocat au Barreau de Lille depuis 2005, accompagne les dirigeants de PME et de startups dans la sécurisation de leurs pratiques numériques. N’attendez pas qu’un litige révèle une fragilité que vous auriez pu anticiper.

Vos statuts sont-ils adaptés au numérique ?
Vos actes électroniques sont-ils valides ?

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  • Ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats : légifrance.gouv.fr
  • Règlement eIDAS n° 910/2014 sur l’identification électronique : eur-lex.europa.eu
  • Lignes directrices de la CNIL sur la sécurité des données : cnil.fr
  • Baromètre France Num 2023 sur la transformation numérique des PME : francenumerique.gouv.fr

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